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+ ________ Je suis seule, je suppose que ça finira par me faire du bien. Je dois perdre cette habitude que j'ai de sa présence, même s'il est trop tard et même s'il me fait du bien. Mon dos glisse mollement le long de notre arbre puis s'étend dans l'herbe fraiche. Mes paumes se baladent, légères sur les brins d'herbes qui me chatouillent gaiement. J'aime ça. Pour avoir plus de contact avec cette herbe douce, je retire ma veste ainsi que mes chaussures. Je peux désormais sentir chaque brin d'herbe sous ma peau, ils chatouillent mes bras, mes chevilles, mes doigts, mes pieds... C'est si doux... En fermant les yeux, j'entends mieux la musique résonner dans ma tête, douce elle aussi. Je ne l'écoute pas vraiment, elle me berce simplement, c'est une musique de fond, pour ne pas penser à autre chose... Comme à mon portable qui se met à vibrer dans ma poche, je ne savais même pas que je l'avais... Je le contemple dans ma main, hésitante, avant de l'ouvrir finalement, je lis sur l'écran "un nouveau message". Je porte l'appareil à mon oreille afin de l'écouter, et c'est sa voix que j'entends. Teinte légèrement angoissée, un peu tremblante et dont la couleur dominante est la confusion.
« Gaby, reviens, s'il te plait. Je suppose qu'à ce moment précis tu dois me détester de t'avoir fait ça. Mais tu sais très bien que ce n'était pas dans l'intention de te faire souffrir, au contraire. Je te l'ai dit si tard pour que tu m'en veuilles le plus tard possible, pour que tu sois... préservée de tout ça. Mais maintenant tu me détestes et... Excuse-moi s'il te plait, je ne voulais pas que ça tourne de cette manière. C'était juste ma façon de te protéger, certainement pas la meilleure, mais tu me connais... Je... Écoute, je sais où t'es, et j'aimerais venir te rejoindre. Dis-moi si tu veux bien me voir.
N'oublie pas, B&G forever, je t'aime. »
________ Cette fois-ci, c'est moi qui suis confuse. Je referme le clapet de mon téléphone et le replace dans ma poche. De toutes façons, je le connais maintenant, s'il veut venir, il viendra, un "non" ne le ferait pas changer d'avis. Il ne comprend pas, il ne comprend rien. Il croit que je le hais, mais c'est bien parce-que je l'aime que je réagis ainsi. J'ai l'impression d'être trahie, et je n'aurais jamais pensé que cela puisse m'arriver par sa faute. Il m'a déçue alors qu'il m'avait promis de faire disparaître ce mot de mon vocabulaire. Il s'est bien trompé. Et j'ai eu le tort de le croire.
________ Je dois arrêter de penser à lui si souvent ou ça me fera encore plus mal quand il ne sera plus là. Je me rallonge et je me rends compte que la musique tourne toujours. Je me reconcentre alors dessus en fermant les yeux. Il n'y a toujours pas de pluie, je sens au contraire un rayon de soleil caresser tranquillement ma peau. Lorsque je rouvre mes paupières, je constate que la plupart des nuages a disparu, libérant le soleil qu'ils avaient en otage. Mes mains entrent en mouvement pour aligner mes bras avec mes épaules, je suis ainsi allongée en croix, dans l'herbe qui sent bon. Ma tête s'incline presque d'elle-même, me permettant de regarder les alentours. Dans ce parc, les enfants jouent, ils se courent après, les femmes promènent leurs enfants, font rouler les poussettes à travers les petits chemins. Une petite fille attire mon attention, elle pleure, seule. Elle est blonde, de longues tresses de chaque côté de la tête, et une jolie robe bleue. Très jolie. Je me redresse alors qu'un petite garçon s'approche d'elle. Il est à peine plus âgé qu'elle, c'est un petit brun, gringalet mais mignon également. Il la prend dans ses bras, tout doucement, comme par peur de la briser. Je réprime un sourire. C'est tellement adorable. C'est à peu de choses près ma rencontre avec Bill...
________ Ma balançoire m'avait violemment expulsée de son siège, empreinte d'une méchanceté qui m'était inconnue jusque là. En d'autres termes, j'étais tombé, et j'avais mal -cette balançoire ne m'a d'ailleurs jamais revue. Bill s'est approché de moi en me tendant ce qui me semblait être un gâteau à moitié mâchouillé. J'ai regardé un moment l'offrande sans réagir. Puis mes larmes ont redoublé, le pauvre Bill s'en trouva désarçonné, il ne su que faire. Il a alors laissé tomber le biscuit sur le sol, et il m'a prise dans ses bras.
Nous avions à peine quatre ans, et pourtant je m'en souviens encore. Mes yeux s'humidifient sans que je ne puisse rien y faire, mais aucune larme ne coule. Ce souvenir est l'un de mes meilleurs. Depuis ce jours là, nous nous sommes cherchés à chaque fois que nous nous rendions au parc, et nous ne nous sommes plus quittés. Jusqu'à maintenant au moins. Demain il partira, et je me sentirai plus seule que jamais.
________ Je souris en voyant le petit garçon donner un baiser à la blondinette. Je suppose que cette histoire se terminera mieux que la nôtre. En me rallongeant je constate que l'herbe, ainsi que la température se sont rafraichis. La nuit également commence à tomber. Mais je veux rester là encore un peu, dans le calme, j'arrête mon i-pod et écoute le silence qui m'entoure. Mais quelques minutes seulement. Je commence à avoir froid, alors j'enfile ma veste, et commence à lacer mes converses rapiécées, le menton posé sur mon genou.
________ Avant nous restions ici tous les deux pendant des heures. Nous ne faisions rien que profiter l'un de l'autre. Je crois qu'à l'avenir rien de tout cela ne sera plus possible. Tout cela ne lui suffit plus. Je ne le blâme pas, mais s'il savait seulement comme ça fait mal... Je ne lui suffis pas, ou plus. Sa vie est sur le point de changer radicalement, et par conséquent la mienne aussi. Mais je n'ai absolument rien demandé moi.
________ J'aurais très bien pu passer ma vie de cette manière. Quelle utopie quand on y pense. J'aurais voulu refaire le monde avec lui, encore et encore. A partir de maintenant, je dois échanger tout cela contre le téléphone, les mails et je ne me fais aucune illusion quant aux lettres. Pourra-t-il seulement lire les miennes aux milieux de toutes ces lettres de fans ? Aura-t-il le temps de lire ma vie, aura-t-il le temps de me raconter la sienne ? J'en doute.
________ Inconsciemment, mes yeux se lèvent vers notre arbre alors que je passe mes doigts sur l'inscription, le bois est rêche sous ma peau. Nous étions jeunes et insouciants. Quel cliché... Quel beau cliché. Si seulement nous avions su. Si j'avais su, je ne me serais certainement pas autant attachée... Mais est-il vraiment possible de garder ses distances avec Bill ? Pas quand on le connaît. Certainement pas quand on sait à quel point il peut être adorable lorsqu'il veut faire plaisir, pas quand on connaît cet air qu'il a quand il est triste, et encore moins lorsqu'on connaît tous ces sourires, tous ces sourires différents qui le caractérisent... On ne peut définitivement pas rester loin de Bill. Tout comme il est impossible de ne pas être tristement agacé de savoir qu'il s'en va.
________ C'est horrible, cette phrase rend les choses encore plus vraies. Oui, il s'en va. Il s'en va loin de moi, loin de tout ce que nous avions... Mais qu'avions-nous au fond ?
________ Une bonne fois pour toutes, je me lève pour me diriger droit vers la sortie. Les rires des enfants me parviennent comme en écho, un brouillard plutôt agréable. Ces rires m'auraient fais sourire avant, mais plus maintenant. Comment sourire alors qu'il s'en va ? J'aimerais être capable de le traiter d'égoïste car c'est bien ce qu'il est, j'aimerais lui dire bon débarras... Mais j'en suis incapable, je suis totalement incapable de lui faire du mal intentionnellement. C'est tellement idiot dit ainsi...
________ En atteignant la grille, mes yeux se posent sur une silhouette qui m'est familière, de l'autre côté de la route. C'est lui, c'est Bill. Il court, il est essoufflé... Mon c½ur s'accélère ainsi que mes pas, et je change de direction, toujours vers la sortie, mais dos à lui. Je ne veux pas qu'il me voie, alors je me contente de faire comme si je ne l'avais pas vu. J'accélère encore en priant pour qu'il ne l'ait pas vu. Je ne veux plus pleurer par sa faute, je ne veux plus l'entendre me faire de belles promesses, j'en ai assez de tout ça.
________ Je me mets alors carrément à courir, sans me retourner. Je ne sais pas s'il m'a vue, ni même s'il me suit. je ne pense qu'à partir, rester seule, c'est tout ce que je veux. Je bouscule plusieurs passants qui ne se gênent pas pour m'insulter, peu importe, dites ce que vous voulez, ça ne le fera pas revenir. Je n'entends rien, je ne vois rien. Mon souffle s'emballe et mes idées s'embrouillent. Mes larmes obstruent ma vue, bien que je les retienne.
________ Je me sens faible, mes jambes avancent toutes seules, guidées par je ne sais quoi. Je n'en peux plus, mais je continue de fendre l'air. Puis d'un coup, ma vue se voile et je m'arrête. J'ai seulement le temps de sentir une main se poser sur mon épaule avant que le sol ne se rue à ma rencontre. Tout est noir, je ne comprends plus. Deux bras me soulèvent et c'est à ce moment là que tout s'est arrêté.
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________ Même les yeux fermés, je perçois de la lumière. Un filet de chaleur réchauffe mon visage alors que je me rends compte que je suis allongée. Les paupières toujours closes, je laisse mes mains vagabonder autour de moi. Elles caressent doucement du tissu avant de se heurter à quelque chose que je qualifierais de moelleux. Un oreiller ? Suis-je dans un lit ? Une douleur lancinante parcourt tout l'intérieur de mon crane lorsqu'enfin j'ouvre les yeux. La lumière m'agresse, elle me fait cligner des yeux un moment. Je balaie la pièce du regard, les paupières plissées, les sourcils froncés...
________ Les rideaux gris sont tirés, mais les faibles rayons de soleil parviennent à percer. Un bureau en face de moi, à côté, une armoire entrouverte laisse voir quelques vêtements mal pliés. Dans un coin, une chaine hifi posée sur une commode, une étagère pleine de CD ainsi que de bouquins, éparpillés. Un bazar sans nom. Trainent sur le sol d'autres vêtements et des chaussures. Je reconnais immédiatement l'endroit.
________ C'est la chambre de Bill. Évidemment, qui d'autre m'aurait amenée ici...? Je me lève finalement en frottant mes yeux pour y voir un peu plus clair. Je vais entrouvrir les rideaux du bout des doigts pour jeter un ½il au jardin. L'herbe est humide, et les vitres sont recouvertes de fines perles d'eau. Il a dû pleuvoir car le ciel est toujours gris.
________ En me retournant, je tombe face à lui. Il est assis sur le sol, dans le coin formé par le mur et la commode. Il a la tête entre les bras, il ne m'a donc pas vue. Peut-être dort-il ? J'opte pour cette hypothèse et me mets à la recherche de mes chaussures au milieu du bazar qui m'entoure. Elles sont contre le mur, un peu loin, juste en face de Bill. Je m'assois sur les sol pour les enfiler, silencieusement. Enfin, c'est ce que je pensais.
- T'es réveillée ?________ Grillée. Je sais très bien que j'ai essayé de lui échapper tout à l'heure dans le parc, je m'en souviens, et je sais aussi que je suis tombée dans ses bras - au sens propre du terme. Mais là, je n'ai absolument pas envie de parler.
- Bon, je vois... soupire-t-il.
________ Je finis de lacer mes converses, puis me remets debout. Mes yeux se lèvent vers lui qui s'est également levé et approché furtivement. Il me regarde, sans vraiment savoir que faire. Je suis incapable de le regarder dans les yeux, je détourne le regard vers le sol, comme si cela pouvait changer quoi que ce soit à cette situation gênante.
- Tu vas mieux ? Tente-t-il à nouveau
- Euh, je... Oui merci, je bredouille...
________ Je ne sais pas quoi dire. Je lui en veux, et je veux qu'il le ressente, je veux qu'il le sache, je veux qu'il sente au moins un minimum de la douleur qu'il a pu me faire ressentir. Il s'approche encore et me serre dans ses bras. Bon, on dirait que le message du «je t'en veux» n'est pas très bien passé... Et merde... Il a l'air tellement mal. Il caresse doucement mes cheveux et me souffle à l'oreille un petit «Tu m'as fait peur...», me faisant frissonner. Il niche sa tête au creux de mon cou, et ses mains dans le bas de mon dos. Qu'est-ce qui lui prend ? Il n'a jamais fait ce genre de chose auparavant.
- Bill ? Dis-je un peu désorientée.
________ Il ne bouge pas, il n'a aucune réaction, il resserre simplement son étreinte. Et moi... Mes mains à moi sont toujours le long de mon corps. Je ne comprends absolument rien à ce qui est en train de se passer. Sa respiration lente caresse mon cou, je peux sentir la chaleur de ses mains dans mon dos, et ses lèvres effleurer doucement le creux de ma nuque. J'aime bien, oui, j'aime être dans ses bras, mais il n'a pas l'air dans son état normal. Je décide donc enfin de réagir. Mes mains remontent le long de mon corps et finissent par se poser de part et d'autre de son torse, pour le repousser doucement.
- Mais qu'est-ce-qui te prend ? Il met un temps avant de répondre.
- Gabrielle, je... Il souffle sans terminer sa phrase, et se retourne, face au mur, et dos à moi.
________ Oh non, pas Gabrielle ! Gabrielle c'est pour les longs discours qui ne font pas plaisir à entendre. La dernière fois qu'il m'a appelée par mon prénom complet, c'était pour m'annoncer son départ. Envahie par l'inquiétude, mes mains se mettent à trembler et un poids tombe sur mon estomac. Son visage m'est caché par ses cheveux, je ne sais quelle attitude adopter. Un faible «Bill» traverse la pièce avant de se perdre dans le gouffre immense et vide du silence. A-t-il entendu ? Il n'a pas bougé en tous cas. Soit.
________ Je vais m'asseoir sur son lit, décidée à attendre qu'il se mette à parler. Mais mes yeux dérivent dangereusement vers la fenêtre couverte d'eau. La pluie s'est remise à tomber. Le vent s'est levé et pousse ces petites perles à s'écraser contre la paroi de verre. Il secoue également les arbres desquels de petites feuilles se détachent, elles virevoltent sous la brise puissante. Là, tout de suite, à cet instant, je meurs d'envie de sortir. Bill n'a toujours pas bougé, et je doute qu'il le fasse. Alors je crois que je ne vais pas l'attendre ici. Je vais directement vers lui et me hisse sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa joue, tout en prenant appuis sur ses épaules. Je comptais lui dire au revoir, mais ses bras se referment autour de moi, m'enfermant dans une nouvelle étreinte. Je me laisse simplement faire en appréciant son parfum. Je ne sais pas que qu'il a... Il cherche sans arrêt le contact en ce moment... J'aime ça, mais ça me fait également peur. Je vois la pluie se heurter à la vitre, ce qui me pousse à m'écarter des ces bras chaleureux. Mes pieds se reposent normalement sur le sol alors que je m'éloigne de lui.
Sa main se saisit de la mienne alors que j'allais passer la porte. Je me retourne et voit son visage fendu d'un faible sourire. Très bien. Je resserre sa main dans la mienne et le tire doucement pour qu'il me suive.
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